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Apprivoiser sa peur...Avec un doudou, objet transitionnel

  • il y a 9 heures
  • 4 min de lecture

"La peur n'a qu'une peur c'est que tu l'abandonnes." Henri Gougaud


Un trou dans le ventre, Une gorge serrée, un coeur qui bat à se rompre, des sueurs froides, un état de sidération qui paralyse, une envie de prendre ses jambes à son cou...Et les gosses que nous étions, chahutés par toutes les injonctions de nos parents et de notre entourage à vouloir nous rassurer en vain, s'entendaient dire : "Mais non, n'aie pas peur!"


Et bien si, justement, j'ai peur et ma peur a quelque chose à me dire. Elle veut me protéger d'un danger identifié comme tel, parce que déjà vécu, ou se manifeste au travers d'une hypervigilance, gouvernée par mon système limbique et mon cerveau reptilien, afin de ne pas passer à côté d'un danger potentiel.


Oui nous devons être paranoïaques lorsqu'il s'agit de notre survie! Car prendre la présence d'un lion pour un bruit de feuilles nous serait fatal.

Plus je tente d'éloigner ma peur et de la nier, plus elle se rebiffe et me revient tel un boomerang, avec une intensité décuplée.

Et si j'accompagnais ma peur? Et si je décidais de l'apprivoiser et de lui faire une place dans ma vie? Et si je prenais soin d'elle en lui parlant, en la gardant tout près de moi, à côté de moi afin de l'apaiser?


Notre conscience et notre volonté, n'ont aucune chance de réguler ce système vital de survie, gouverné par notre cerveau limbique, siège des émotions, et notre cerveau reptilien qui assure notre survie, à chaque moment de notre existence. Nous sommes câblés ainsi, et vouloir contrôler l'incontrôlable maintient, voire aggrave notre problème.


Une des tentatives de solution, chère à la thérapie de l'Ecole de Palo Alto, est de vouloir contrôler et bâillonner toute expression spontanée de sensation de stress, d'angoisse et de peur généralisée, ou faisant irruption sans crier gare, car générant des sensations très inconfortables, voire douloureuses à vivre.

Certes cela est du bon sens, mais il est totalement contre-productif.

 


un doudou sur un lit de pétales de roses rouges


Extrait d'un accompagnement thérapeutique


Elle s'appelle Hélène. Elle vient me voir car elle manque de confiance en elle, ne sait plus où elle en est de sa vie, que ce soit dans le cadre de sa vie professionnelle ou de sa vie personnelle, affective, amoureuse, et familiale. Trop de questions et pas de réponses, me dit-elle. Elle veut trouver sa voie, trouver sa place. En un mot, savoir qui elle est, car elle est perdue.


Sa vie s'emballe et la secoue sans qu'elle puisse agir sur les évènements.

Les séances s'enchaînent et nous avançons pas à pas vers les doutes, les peurs et les tiraillements d'une jeune femme brillante, qui ne parvient pas à être adulte, recherchant la protection dans le besoin de fusion avec les hommes: Son père, son boss, son fiancé...

Peu à peu, et au fil des séances, elle commence à se poser. Sa joie de vivre vient à nouveau toquer à sa porte. Elle est vive, rieuse, passionnée et entreprenante.

L'une de ses passions est le chant et le piano:" C'est le foyer de ma vie..."


Ses yeux brillent, intenses et profonds, de ses prunelles d'ébène évoquant l'Afrique qui lui vient de son père. Une Afrique qu'elle ne reconnait pas dans son métissage. Une loyauté qui la tiraille  au gré de ses humeurs changeantes: " On ne doit pas dire du mal du clan "


Ses peurs prennent du relief. Elles sont là, bien présentes à chaque séance : J'ai peur de ne pas exister seule - J'ai peur du changement, de l'inconnu - J'ai peur des occasions ratées - J'ai peur du regard des hommes -


Les hommes...Fusion et répulsion s'entrechoquent. Hélène me raconte ce souvenir traumatisant pour elle. Elle a 12 ans et la gamine insouciante se balade en short, alors qu'elle est en vacances en Afrique. Le choc de ses deux cultures s'est donné rendez-vous lorsqu'elle tombe dans une bouche d'égout. Elle appelle, prise de panique, des hommes accourent et l'aide à se hisser sur le trottoir. Des regards de mâles s'attardent sur ses cuisses. Son père affolé intervient, pour l'extraire de ces mains et de ces yeux accaparants. Trop tard, Hélène a saisi le regard apeuré de son père qui stigmatisera à l'avenir l'homme en prédateur, et le danger à être femme résonnera désormais en elle.


Ses questions sans réponses sont régulées peu à peu au travers d'une prescription consistant à stopper la quête incessante de trouver des réponses qui n'existent pas, alimentant ce mouvement incessant de ses ruminations. Ainsi fait, l'agitation intérieure se calme, et les questions n'attendant plus de réponses, se raréfient pour laisser de la place au moment présent.


Je propose à Hélène d'incarner sa peur, de lui donner corps au travers d'une représentation tangible afin de l'apprivoiser au travers d'un objet transitionnel : Un Doudou!

Je connais son besoin de douceur et de tendresse et elle accueille ma proposition avec un large sourire." J'ai une idée, je vais le créer moi-même! "

Aussitôt dit, aussitôt fait, le doudou est crocheté de ses mains habiles et aimantes. Elle l'appellera Fifille... Désormais, Hélène fait amie avec cette petite et veille sur elle, la protégeant et lui parlant avec ses ressources d'adulte que nous avons fait émerger.

Le décodage de cette peur enfouie en elle, a libéré sa parole et sa capacité à prendre soin de cette petite. En donnant du sens à sa peur (on parle de l'utilité du comportement et des émotions) Hélène a cessé ce combat contre elle-même, contre son clan et contre les hommes, libérant ainsi le mouvement de sa vie.




Doudou



Aujourd'hui, Hélène croque sa vie à belles dents. Séparé de son compagnon, elle profite à temps plein de ces heureuses retrouvailles avec elle-même. Elle vient de trouver un nouveau job en province, et ne craint plus de voler de ses propres ailes.

Des liens tendres et apaisés se sont tissés avec sa famille. C'est une nouvelle vie qui commence...

 



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